Napoleon

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L'homme était au pouvoir, mais il n'y semblait pas assis. Il ne le fut que du jour où la Constitution donnée à l'Etat était approuvée par la Nation : elle le fut, le 18 pluviôse an VIII, par plus de trois millions de voix contre 1562. Les consuls définitifs, dont la nomination était par le même plébiscite, confirmée, étaient avec Bonaparte proclamé Premier Consul et vrai chef du pouvoir exécutif, deux hommes précieux mais peu gênants pour lui, Cambacérès pour le pouvoir législatif et Lebrun pour le pouvoir judiciaire. Aussitôt, il se mettait à l'oeuvre de restauration qu'il entendait appuyer sur la réconciliation des français. Il fallait bâtir de toutes pièces un gouvernement et une administration, car tout était, depuis 1794, anarchie et désordre. Peuplant le Conseil d'Etat d'hommes compétents et laborieux, s'éclairant de leurs lumières et s'appuyant de leur autorité, préparait en quelques semaines avec eux les lois d'urgence qui seraient portées devant les assemblées, Tribunat et Corps législatif. Si, dans les premiers jours, une opposition paraissait se créer au sein de ces assemblées, l'opinion s'en montrait si irritée, que cette opposition était bien réduite à peu, et c'est ainsi qu'en quelques mois, le Premier Consul leur faisait agréer les projets qui, convertis en lois du 28 pluviôse et du 27 ventôse, constituaient les premières assises du "monument de l'an VIII" : élevé depuis quelques temps, celui-ci devait, sous des régimes si divers, traverser un siècle et demi : préfectures et sous-préfectures auxquelles l'administration communale était subordonnée, nouveau système judiciaire, fortement hiérarchisé, administration financière pourvue aussitôt de tous ses rouages. On attendait alors de Bonaparte l'ordre d'une loi sévère : la France rurale, devenue une France militaire, voulait le respect des "conquêtes" de la Révolution, particulièrement des "biens nationaux". En dictant très rapidement à Daunau les 95 articles de la nouvelle Constitution, Bonaparte entendait montrer qu'il ne s'attarderait pas aux discussions juridiques. D'entrée de jeu, il écartait Sieyès du pouvoir. Trois consuls nommés par le Sénat restaient en charge pendant dix ans, mais les trois premiers seraient désignés par la Constitution, c'est-à-dire par lui-même. Bonaparte avait alors le droit de guerre et de paix, il nommait aux emplois civils et militaires, il avait l'initiative des lois. L'Eglise avait été laissée de côté. Avant de réformer, il fallait, dans le domaine religieux, pacifier, apaiser les esprits. Dès le début de 1800, l'insurrection de l'Ouest fut de nouveau maîtrisée. Le Premier Consul fit rendre aux émigrés les biens qui n'avaient pas été vendus, et beaucoup choisirent de rentrer en France. Une difficile négociation fut engagée avec le Pape, si mal traité par le Directoire, pour mettre fin au schisme de l'Eglise de France institué par le célèbre Robespierre ; l'abbé Bernier réussit, du côté français, à s'entendre avec le cardinal Consalvi. Le "Concordat" du 15 juillet 1801 scellait cet accord : la religion catholique était reconnue en France comme celle de la "grande majorité des Français". Son exercice était garantie, ses serviteurs rémunérés par l'Etat ; la France se divisait alors en soixante diocèses et dix archevêchés. La mission de réconciliation générale était alors terminée.

En pleine gloire, le 24 décembre 1800, Bonaparte avait été victime d'un attentat. La "Machine infernale" de la rue Saint-Nicaise aurait pu empêcher le vainqueur de Marengo de rétablir la paix. Il fallait, dit aussitôt Napoléon, renforcer le régime autoritaire, sans toutefois lui substituer la monarchie. Au début de 1802, le Premier Consul décida de se débarrasser des libéraux irréductibles, qui le raillaient dans les salons parisiens, le brocardaient à l'Institut de France, et gênaient le travail législatif. Il épura le Tribunat, qui était l'assemblée la plus remuante, en accusant les tribuns de jacobinisme.

Les annexions du Directoire avaient créé en Europe les conditions de réunion d'une nouvelle coalition autour de l'Angleterre. Celle-ci n'admettait pas, en particulier, que la France dominât la Belgique. La Russie et l'Autriche avaient refusé, poussées par Londres, la paix de Bonaparte. Bonaparte due repartir en campagne. Le 14 juin 1800, ayant passé les Alpes, il rencontrait les autrichiens à Marengo. La victoire était moins nette que celle de Moreau à Hohenlinden, mais elle était décisive : l'Autriche capitulait en février 1801 : quatre départements français étaient crées sur la rive-gauche du Rhin. On ne parlait plus de "républiques soeurs", on annexait les territoires. L'Autriche gardait la Vénétie, qui lui donnait un accès de choix sur la Méditerranéenne. La paix d'Amiens, signé le 26 mars 1802 avec l'Angleterre, désarmait toute la coalition. Celle-ci était las de la guerre, tout comme la France. Le premier ministre Pitt transigea, et accepta la proposition de paix, abandonnant même l'île de Malte à Bonaparte. Après dix ans d'affrontements, l'Europe retrouvait une certaine sérénité...

Le moment parut opportun à ceux qui, depuis longtemps, y songeaient, pour appeler le pays à décerner à son "bienfaiteur" un pouvoir tout à la fois fort et durable. Il avait lui-même dit qu'il fallait, pour que le monument élevé devint stable, l'asseoir sur des bases les plus solides, "jeter sur le sol de France quelques masses de granit". La création de la Banque de France qui étaya le système financier, la restauration de l'enseignement public qui formerait les nouvelles générations, l'institution même de la Légion d'Honneur qui devait à tout jamais constituer une élite nouvelle dans la nation, avaient eu le même but : "asseoir le nouveau régime, issu de la Révolution". La nation française toute entière entendait que, de surcroît, l'autorité qui réglait le destin du Premier consul soit fortifié. Après bien des hésitations, Bonaparte s'y prêtait, et le pays, appelé à lui déférer le pouvoir à vie, avec le droit de désigner son successeur, le lui accorda par 3 568 885 voix, 500 000 voix de plus qu'au plébiscite de l'an VIII. Consul à vie ! L'homme ne voyait dans cet avenir assuré à son action qu'une conséquence : dans la paix comme dans la guerre, il devait travailler à assurer au peuple français une grandeur qui, maintenant, serait faite de sa prospérité. La France, sans nul doute, allait devenir la plus grande puissance du monde...

L'Angleterre s'en inquiétait. Le traité de paix n'avait jamais été considéré à Londres que comme une trêve, et la soudaine expansion économique de la France alarmait la City. La situation, tous les jours plus tendue, bientôt se rompait. Après une série d'incidents, le premier ministre Pitt présentait un ultimatum que, le 9 mai 1803, Bonaparte repoussait. Il commença à développer toute une immense flotte ; l'industrie maritime se reprit d'une magnificence grâce à cette directive. Tous les grands ports, du Nord principalement, travaillèrent à plein régime pour offrir à l'Etat français une armada de plus de 300 navires, du vaisseau d'appoint à celui de ligne. Bonaparte bâtit un camp d'entraînement à Boulogne, où ses hommes s'entraînèrent à la vie maritime pendant de nombreux mois. Dès lors, l'objectif était clair : Napoléon préparait l'envahissement pur et simple de l'Angleterre...
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# Posté le mercredi 25 mai 2005 13:36

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Bonaparte commençait les préparatifs d'une descente en Angleterre. Celle-ci entendit à son tour user de tous les moyens pour prévenir alors le coup qui la menaçait. C'est à Londres que le grand chouan Georges Cadoudal préparait une révolution royaliste qui aurait pour prologue ce qu'il appelait "le coup essentiel", l'assassinat du Premier Consul ; c'est sous les auspices des ministres anglais que Cadoudal fut rapproché du général Pichegru, rallié depuis six ans aux Bourbons après avoir sauvé maintes et maintes fois la République, et qu'il entraîna avec lui à Paris ; ils essayèrent de faire entrer dans leurs complots d'autres généraux français de la République et s'assurèrent la complicité du plus illustre d'entre eux, le grand Moreau, jaloux de Napoléon (qui le lui rendait bien). On attendait, pour frapper Bonaparte, qu'un prince Bourbon, le comte d'Artois, fût à son tour, suivant la promesse faite, arrivé secrètement à Paris. Mais la police consulaire, très bien organisé, découvrit la manoeuvre : Cadoudal, Pichegru, Moreau et des fidèles du comte d'Artois furent arrêtés. Bonaparte était exaspéré : après tant de gloire et de renom, il ne pouvait se figurer que des personnes chercheraient sa mort. Sous l'impulsion de Talleyrand, il fit enlever à quelques pas de la frontière le duc d' Enghien, descendant des Condé, et donna l'ordre de le faire fusiller à Vincennes. On assura que Napoléon revint sur sa décision une heure avant le drame, mais il était trop tard. Triste page d'une histoire jusque-là glorieuse...

Il était clair désormais qu'il ne fallait pas compter sur Bonaparte pour rétablir la monarchie. Il avait versé le sang royal. Un membre du Tribunat proposa que Napoléon Bonaparte fût proclamé empereur des Français. Lazare Carnot protesta en vain, au nom de la République bafouée. Le sang du duc d'Enghien avait permis à Bonaparte de revêtir pompeusement la pourpre des Césars. Par "senatus consulte" du 18 mai 1804, "le gouvernement de la République est confié à l'empereur Napoléon". Une fois encore, on fait approuver par plébiscite la décision du Sénat. C'en était fini de la République, mais non de la Révolution : les institutions restaient en place, et les lois nouvelles confortaient la nouvelle société dans ses aspirations et dans ses conquêtes. Cambacérès, au nom du Sénat, proclame Napoléon "empereur des Français". Première décisions impériales : Joseph Bonaparte sera "grand électeur" et Louis, "connétable". Le lendemain, création des "maréchaux d'Empire" et premières prestations de serment. Mais ce n'est que deux mois plus tard que, pour la première fois, Leurs Majestés apparaissent au peuple dans tout l'appareil de la puissance et avec tout le cérémonial en train de s'élaborer. C'est à l'occasion de la prestation de serment des membres de la Légion d'Honneur. Arrivé aux Invalides après le Te Deum à Notre-Dame, Napoléon lit à haute voix la formule de serment et se fait attacher la décoration par le tout nouveau connétable Lucien, son frère. La cérémonie du Sacre, sans cesse différé en raison de contretemps à cause de Sa Sainteté Pie VII, n'aura lieu que le 2 décembre 1804. Ce jour-là, le 11 frimaire an XIII, Napoléon reçoit sa couronne de lauriers des mains du chef des chrétiens, et en pose une autre sur la tête de sa femme Joséphine, la première impératrice du Monde. L'Europe semblait un instant s'incliner et reconnaissait officiellement à Napoléon son titre majestueux. Mais le nouvel empereur ne se faisait pas d'illusions : l'Angleterre, toujours décidé à abattre "l'Ogre", proposait d'importantes sommes d'argents aux nations européennes pour qu'elles prennent les armes, n'hésitant pas à risquer la banqueroute nationale. Napoléon Ier continuait ses préparatifs, Boulogne était maintenant prête : plus de 54 vaisseaux de ligne, pourvus de dizaines de canons chacun, furent bâtis, et plus d'un millier de petites embarcations prévoyaient le débarquement massif des soldats français. En tout, 250 000 des meilleurs éléments de l'armée étaient fin prêts pour l'aventure. Mais c'était sans compter sans l'invincible flotte anglaise, dirigée d'une main de maître par le grand amiral Nelson qui avait déjà défait les français à Aboukir, qui protégeait l'accès de la Manche, cette mer décidément houleuse qu'ils étaient les seuls à maîtriser. Le français Villeneuve, grand amiral nommé par Napoléon, évitait le combat, attendant une supériorité numérique écrasante pour détruire la flotte ennemie. Il se trouvait que l'Espagne n'avait toujours pas digéré la défaite de Plymouth deux siècles plus tôt, et elle décida d'offrir sa marine à l'Empereur, pas moins de 15 magnifiques et puissants galions ! L'Angleterre prit peur. Nelson lui-même n'était pas optimiste quant à l'issue de cet affrontement, il envoyait régulièrement des missives à son gouvernement disant qu'il valait mieux abandonner l'opération et préparer la défense terrestre, car, selon ses propres mots, "la perte d'Orléans par la pucelle de Lorraine serait une bénédiction à côté d'une défaite maritime". Déjà les rapports du front ne sont pas bons : cinq vedettes et un vaisseau de ligne ont été détruits, contre un seul navire français endommagé. Le premier ministre William Pitt, déjà très critiqué par ses compatriotes, joue le tout pour le tout : il organise la troisième coalition en proposant à l'Autriche et à la Russie 120 millions de livres or, une fortune, qui met à sec les finances royales. Mais le stratagème marche : François II d'Autriche et Alexandre Ier de Russie enrôlent et arment leur pays, une nouvelle guerre allait s'engager après trois ans de paix...

Napoléon entendit prévenir l'évènement. C'était, ce serait toujours son principe : prendre l'offensive pour déconcerter celle de l'adversaire. Il avait sous la main une armée admirablement formée au camp de Boulogne. En quelques heures, il en préparait le départ et, dès la fin de septembre, les sept corps, ses "sept torrents" disait-il, étaient dirigés sur l'Allemagne. Les Autrichiens, sous le commandement du général Mack, s'étaient avancés en Bavière et comptaient remonter le Danube et la vallée du Rhin. Mais, bientôt entouré par les corps français et enfermé dans Ulm par une série de combats, celui-ci était forcé, le 16 octobre, de capituler avec ses 80 000 hommes. Une ombre bien forte, cependant, assombrissait son triomphe. Marchant sur Vienne, il avait appris que, le 20 octobre, le malheureux maréchal Villeneuve s'était heurté aux flottes de Nelson en vue du cap de Trafalgar. et avait vu, en quelques heures, son escadre sombrer dans un désastre tel qu'avant longtemps la puissance maritime française en resterait ruinée. Cette triste nouvelle pour la France n'empêcha nullement Napoléon de prendre Vienne le 11 novembre, puis de chercher en Moravie les armées russe et autrichienne que, le 2 décembre 1805, jour d'anniversaire du sacre, près du village d' Austerlitz, il écrasait si complètement que dès le lendemain, l'Empereur François venait lui-même aux avant-postes solliciter un armistice...
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# Posté le jeudi 26 mai 2005 01:05

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Napoléon, rentré à Paris après cette éclatante victoire, n'arrêta pas le travail pour autant : il semblait à présent s'absorber dans l'organisation de la France, avec un certains nombres de réformes : tout d'abord, Napoléon continuait à travailler pour son peuple, et de ce fait il mis en place "l'Université Impériale", dissout seulement en 1968 et dont la descendante directe peut être appelée communément aujourd'hui la "Fac", ainsi, qu'en annexe, une politique de grands travaux publics. Ensuite, et c'était là le point le plus important, l'Empereur inaugurait un tout nouveau système fédératif par la création des "royaumes feudataires de l'Empire". Il imposait alors comme roi à Naples son frère Joseph et à La Haye son frère Louis, tandis que son beau-frère, Joachim Murat, le grand cavalier et maréchal, recevait, au-delà du Rhin, le grand duché de Berg. L'Italie restait la pièce maîtresse du grand Empire, et Napoléon gardait toute la "botte" nord sous son commandement direct, il s'est alors sacré Roi d'Italie en plus de son titre d'empereur. Et enfin, pour clôturer le tout, la création de la célèbre "Confédération du Rhin" qui regroupa plus de 70 Etats allemands sous la protection de la France. Dès lors, les rapports se tendaient de plus en plus avec le reste de l'Europe, notamment avec le Pape Pie VII, qui voyait d'un mauvais oeil cette rapide hégémonie. Oui, il faut bien le dire, "l'Empire fédératif" commençait à faire des jaloux...


C'est la Prusse qui s'en inquiétait le plus, et comme prévu, elle précipita le destin. En vain Napoléon tentait-il, en toute bonne foi, de la rassurer. Mais espérant être à temps secourue par la Russie, la Prusse envoya brusquement, le 19 septembre, un ultimatum à Napoléon : les troupes françaises positionnées en Allemagne depuis Austerlitz étaient sommées de se retirer de l'autre côté du Rhin. La guerre, une fois encore, était inévitable, et l'Empereur envoya à l'empereur allemand la plus belle réponse qui soit : le même jour, le 14 octobre 1806, l'armée prussienne fut anéantie dans un premier temps à Auerstaëdt par Davout et à Iéna par Napoléon. Poursuivis l'épée dans les reins, des plateaux de Saxe jusqu'à la mer Baltique à travers toute l'Allemagne du Nord, les corps prussiens, éperdus, capitulaient ou se faisaient écraser les uns après les autres. Napoléon, lui, entrait triomphalement à Berlin le 27 octobre. Le grand écrivain allemand Henri Heine écrivit plus tard : "l'Empereur siffla et la Prusse n'existait plus !". Et c'est le 22 novembre que l'Empereur signa de Berlin le décret qui proclamait le "Blocus Continental" : tout commerce et correspondance avec les Iles Britanniques étaient interdits, et tout bien anglais est déclaré "de bonnes prises"...


Mais Napoléon ne s'attarda pas à Berlin. La Pologne l'appelait de ses voeux ; partagée depuis quinze ans entre trois empires de proie, elle voyait dans le vainqueur de la Prusse le libérateur attendu. Et les Russes se préparaient à l'envahir pour venir donner la main aux Prussiens. L'Empereur dirigea ses troupes victorieuses vers Varsovie où il faisait lui-même, le 19 décembre, au milieu des acclamations folles du peuple, une seconde entrée triomphale. Cependant Bennigsen, le commandant en chef des armées tsaristes, marchait vers la Vistule. Le 26 janvier, ils venaient se heurter aux corps français, dans la plaine d' Eylau : la bataille fut atroce et si, finalement, Bennigsen devait battre derechef en retraite, l'armée française, exténuée et saignée à blanc, devait renoncer à le poursuivre...


Napoléon ne tirait de l'événement qu'un enseignement : les Russes se montrant de redoutables adversaires, il espérait certes les vaincre, mais il n'entendait pas, pour l'avenir, s'en faire d'irréductibles ennemis ; déjà rêvait-il de crééer une grande amitié avec Alexandre Ier, tsar de Russie, sitôt la guerre terminée. Ayant réorganisé son armée, l'Empereur s'apprêtait, au début de juin, à reprendre l'offensive. Bennigsen tenta de le prévenir. En vain : c'est à Friedland, non loin du champs de bataille d'Eylau, que, les 13 et 14 juin, les deux armées se heurtèrent. Cette fois, les Russes, battus et menacés d'être tournés, réclamèrent l'armistice. C'est sur les traces d'une armée éperdue que l'Empereur arrivait à Tilsit, à la limite occidentale de l'Empire russe. "Mes aigles, écrivait-il à Fouché, sont arborées sur le Niémen." Il était résolu non seulement à conclure la paix, mais à engager le tsar Alexandre dans une alliance qui leur permettait de se partager l'Europe. Les deux souverains se rencontrèrent le 24 juin sur un radeau bâti en plein Niémen en face de Tilsit. Petit à petit se créé une véritable amitié entre les deux hommes, du moins Napoléon le croît-il, Alexandre ne peut que faire plaisir à l'Empereur mais il n'entend pas s'incliner à jamais. Quoiqu'il en soit, l'alliance se conclut : le tsar s'engagea à fermer son empire aux Anglais, il permit également le démantèlement d'une partie de la Prusse en deux ailes : à l'est, le territoire polonais érigé, sous la suzeraineté de la France, en grand duché de Varsovie, et à l'ouest, toutes les terres entre Elbe et Weser seraient constituées en un royaume de Westphalie donné à Jérôme, le plus jeune des Bonaparte. Globalement, obtenant finalement d'Alexandre la reconnaissance du "Grand Empire d'Occident", Napoléon lui laissait l'Orient...


Napoléon rentra à Paris le 27 juillet ; il constatait à présent les résultats de l'ensemble de sa politique : l'industrie et l'agriculture encouragées prospéraient ; de grands travaux s'exécutaient et des routes magnifiques s'achevaient déjà, enjambant les nouvelles frontières ; les canaux se multipliaient et le commerce intérieur, du fait du Blocus, se développait rapidement. Cette année 1807, si elle ne marquait pas encore l'apogée du Grand Empire, représentait néanmoins l'époque la plus heureuse de cette vie prodigieuse. Malheureusement cet grandeur démesuré allait l'induire fatalement aux fautes qui prépareraient sa chute...


La première grande faute fut celle de la péninsule ibérique. En effet, premièrement seul le Portugal restait ouvert aux anglais, c'est pour quoi dès l'été, l'Empereur avait condamné à mort la dynastie des Bragance qui régnait à Lisbonne ; il envoya le général Junot soumettre le pays avec 30 000 soldats d'élites de sa Garde. Madrid accepta de laisser passer l'armée française par leur royaume. Les Bourbons d'Espagne offraient alors un assez vilain spectacle de soumission sans condition et l'Europe entière ne pouvait que se lamenter sur cette cour d'Espagne, corrompue et totalement incapable : Charles IV, à soixante ans, vivait depuis trente ans sous le joug de son épouse, Marie-Louise, elle-même tombé sous l'emprise du vénal Godoy, haï du peuple espagnol pour son anglicanisme accrue. Napoléon décide alors de réformer ce gouvernement par un traité les dépossédant de tout pouvoir en échange de compensations financières. Il le fit dans une idée de grandeur pour l'Espagne qui, las de tous ces rois qui n'avaient fait que s'enrichir au cours des siècles, se trouvait l'un des pays les plus pauvres d'Europe. C'est finalement Murat qui est chargé de marcher sur Madrid. Pendant ce temps, Charles IV abdique en faveur de son fils, Ferdinand VII, très populaire pour sa jeunesse, que l'on dit porteuse d'espoir pour l'Espagne. Mais très vite tout le monde déchante : Napoléon est bien maître du pays et le peuple, exaspéré, se révolte le 2 mai 1807, cet épisode fut appelé le "Dos de Mayo". C'est ainsi que plus tard est conclu le traité de Bayonne : Charles cède la couronne à l'Empereur qui en disposera à sa convenance : il la donne à son frère aîné, Joseph. L'Espagne toute entière est furieuse, d'autant qu'un fanatisme religieux s'installe en raison des récents problèmes de cohabitions qui s'établissent entre Rome et l'Empire. C'est là-dessus qu'on apprit que l'Andalousie se soulevait. Quand, le 22 juillet 1808...
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# Posté le jeudi 26 mai 2005 01:06

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Le 22 juillet 1808, Napoléon connaît sa première défaite terrestre à Baylen, en Espagne : le général Dupont s'est rendu avec ses 20 000 hommes aux anglo-espagnols, en échange de pouvoir regagner sain et sauf la France (en vérité, ils seront tous fusillés sur une île au large du Portugal...). Joseph, appeuré, avait quitté la capitale et s'était réfugié derrière l'Ebre ; toute l'Espagne s'insurgeait alors, et l'armée du Portugal de Junot, encerclée et isolée du reste de la troupe, capitulait à son tour àCintra devant le corps expéditionnaire anglais commandé par Arthur Wellesley, le futur Duc de Wellington. A ces nouvelles, l'Europe parut près de prendre feu. L'Empereur, pressé, résolu à réparer promptement le désastre de Baylen, et se porta au-delà des Pyrénées avec sa Grande Armée. Mais le risque principal venait du fait qu'il ne fallait pas dégarnir les frontières impériales et prévenir toutes tentatives d'attaques à l'Est, et notamment de la part de l'Autriche ; ainsi Napoléon appela Alexandre, le tsar de toutes les Russies, à Erfurt où il comptait resserrer les liens contractés à Tilsit. Il obtient difficilement la promesse de son alter ego de contenir la menace autrichienne, mais l'Empereur, néanmoins, partit - à tort - rassuré. Il entra alors en Espagne et, tout aussitôt, donna dans les armées anglo-espagnoles de tels cooups de hache qu'il les disloquat, en écrasait une partie dans la région de Burgos ; s'ouvrait alors, par la victoire de Somo-Sierra, la route de Madrid, y rétablissant Joseph. L'Empereur se porta jusqu'aux portes de la cité de La Corogne oùs l'escadre anglaise tentait en vain de réembarquer les beaux restes de son corps expéditionnaire. Le prestige de la Grande Armée et de l'Empire retrouvés, Napoléon laissa à Soult le commandement. Il est vrai que les dépêches de Paris n'étaient pas bonnes : en dépit des menaces russes, l'Autriche avait réarmé...

L'Archiduc Charles, entre le 10 et le 13 avril 1809, avait pénétré en Bavière. Napoléon, à coups de marches forcées, déplaça très rapidement sa Grande Armée en Allemagne et remporta quatre victoires en quatres jours : Abensberg le 20 avril 1809, Landshut le 21, Eckmühl le 22 et Ratisbonne le 23. Vienne était, dès le 13 mai, occupée et l'Empereur se réinstallait à Shöbrunn comme en 1805. Mais le gros de l'armée autrichienne s'était repliée en bonne ordre derrière le Danube. N'ayant pu empêcher la destruction des ponts de Vienne, l'Empereur était obligé de faire jeter, de la rive gauche à l'île de Lobau, un pont de fortune. Etant parvenu à y faire passer une partie de son armée, il en jetait les premiers corps dans la plaine d' Essling où Masséna attaqua hardiment l'Archiduc. Ce fut une bataille extrêmement sanglante et on ne peut dire qu'elle en fut le vainqueur. Mais un évènement terrible survint ce 22 mai 1809 : le maréchal Lannes, grand lieutenant et ami intime de Napoléon, mourut suite à ses blessures aux jambes. Pour la première fois, Napoléon sentit son Empire vaciller... Malgré la tristesse de tous, l'armée française ne rompait pas le combat et l'Empereur était detérminé à prendre sa revanche face à ce semi-échec. Le 6 juillet, la France remporta la victoire finale sur l'Autriche à Wagram. Les conférences pour la paix s'engageaient aussitôt, et François II d'Autriche dut abandonner la Galicie, lambeau de la Pologne, et les Provinces Illyriennes plus au sud... L'Empire de Napoléon est une nouvelle fois sauvé, mais à quel prix : on répète partout que si l'Empereur subissait un "second Wagram", il n'aurait plus d'armée...

Napoléon pense à la Russie. Il la veut sienne. Cela tombe bien, puisqu'elle commence à se rebeller. Elle refuse de poursuivre le blocus continental dirigé vers l'Angleterre depuis 1807 au traité de Tilsit signé sur le Niémen. L'Empereur, pour la première fois, réunit la plus grande armée dans une campagne à ce jour : en tout, 650 000 hommes quittent la France et se dirigent vers la Russie (200 000 mourront du typhus pendant le voyage). Napoléon attaque, cherche la victoire. Mais chaque fois, l'ennemi se dérobe, brûlant tout ce qui lui appartient, ne laissant rien à l'armée de Napoléon. Il trouve enfin son combat : la plaine de la Moskova, ou Borodino pour les Russes. La bataille la plus meurtrière de l'Empire : au total 90 000 morts dont 30 000 français. La route de Moscou est largement ouverte. La ville est prise le 14 septembre. Le froid commence à arriver. Un incendie gigantesque allumé par les Russes eux-mêmes détruit le tiers de la ville, en causant la mort de 2 000 soldats, mais surtout la destruction des vivres pour les 398 000 autres ! Napoléon n'a plus d'autres solutions que de prendre le chemin du retour. Un retour désastreux attend la pauvre grande armée. Une retraite effroyable, bien difficile à imaginer aujourd'hui. Napoléon sent que son armée est enterrée là-bas, en Russie. Des 300 000 hommes qui partirent de Moscou le 14 septembre 1812, seul 85 000 en reviendront à partir de 1813...
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# Posté le jeudi 26 mai 2005 01:07

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Napoléon a conscience de son erreur, et pas que lui à première vue. Les Etats allemands ont compris que "l'Empire français était touché à mort" (Quid 2000). Ils réunissent une armée sous le secret, mais l'Emperereur l'a pressenti, et reconstitue en toute hâte une armée. Les conscrits sont si jeunes qu'on les a surnommé les "Maries-Louises", en référence à la nouvelle impératrice de l'Empire, mère du Roi de Rome, "l'Aiglon". Les aciéries produisent tout le matériel nécessaire (canon, fusils, munitions,...). Mais la nouvelle armée n'a en aucun cas le même niveau qu'il y a deux ans.

Napoléon va pourtant remporter nombres de batailles avec elle : Lutzen, Bautzen (où le maréchal Bessières sera tué d'un boulet, donnant la victoire). A Dresde, la victoire française est telle que les Alliés commencent vraiment à douter. Mais ils remportent tout de suite après la victoire de Leipzig, ou "bataille des Nations", car presque tous les pays d'Europe y étaient représentés, qui se soldera par un abandon de l'Allemagne. Les armées françaises passent le Rhin et retournent en France le 30 octobre 1813...

# Posté le jeudi 26 mai 2005 01:08